©Olivier Barel ; La via dell'acqua, texte écrit par les élèves de Dorgali, en français, italien et sarde / mars 2026

Les performances (2021-2026)

PARIS SE TRAVERSE LES PIEDS MOUILLÉS

5-6 octobre 2025  - PARIS 

©Hortense Guéguan

De la porte de la Chapelle à la porte d'Orléans, Paris se traverse les pieds mouillés se déroulera pendant 24h sur les trottoirs parisiens. 24h d’écriture éphémère qui dessineront  du Nord au Sud une ligne de mots dont le sujet central sera l’eau. L’eau pour dessiner deux nouvelles rives et lire ensemble la ville par les pieds. Une vidéo-document sera réalisée lors de la performance en vue de l'exposition qui aura lieu sur mon projet d'écriture de mai à octobre 2026 à l'Écomusée du Grand-Orly Seine Bièvre.


Après des interventions en France, en Italie ou encore en Allemagne, je reviens dans ma ville de naissance avec le projet de la traverser en 24h avec une ligne d’écriture à la craie ! Prenant à contrepied la Seine, et ses rives gauche et droite, je décide de dessiner deux nouvelles rives à Paris, en libérant dans la ville un texte-fleuve, de la porte d’Orléans à la porte de la Chapelle.


Cette ligne éphémère a comme source le sujet de l’eau, comme premier affluent la volonté de proposer une forme littéraire spontanée dans l’espace public, et comme second affluent, d’offrir tout au long de ce parcours un espace de rencontres. Cette performance prolonge mon travail sur les questions de l’eau, notamment avec le projet Écrire la Bièvre, pour la continuité des imaginaires des petites rivières urbaines soutenu entre autres par les associations Teralo et Béton Sillons et portée par la structure de production Exuvie


Texte et performance : Malo Patron
Réalisation et dispositif vidéo : Luis Schubert
Production et coordination : Béton Sillons
Photographe : Loïs Le Houerf
Régisseur : Louis Patron
Co-production : Ecomusée du Grand-Orly Seine Bièvre

GÖRLINIE

13 juin 2025  - BERLIN (Allemagne)

©Luis Schubert

Performance réalisée au Görlitzer Park de Berlin, dans le quartier de Kreutzberg. Il est question depuis plusieurs années d'installer des grilles aux ouvertures du parc, afin de pouvoir le fermer au public la nuit, dans le but de lutter contre les trafics qui ont lieu à l'intérieur. Dans ce contexte de fermeture de l'espace public, la ligne à la craie avait peut-être sa place, comme une occasion d'ouverture éphémère, et de ligne de dialogue entre des personnes qui côtoient le même lieu, pour des usages divers, mais n'entrent pas forcément en contact. Il m'a semblé que c'était l'ensemble des personnes qui habitent d'une manière ou d'une autre le parc qui serait lésé par cette clôture.

Le texte a été conçu en français mais écrit en allemand sur la piste de bitume du Görli. Il a été traduit par Luis Schubert.

premiers mètres de GÖRLINIE

«  lassen wir die Kirche Emmaüs hinter uns... dieses rote Schiff, das wie ein Ausrufezeichen in der Erde steckt... kehren wir den blauen Zifferblättern des Glockenturms den Rücken zu... die Zeit gleitet jetzt lautlos dahin... die drei Hangars des alten Bahnhofs schlummern neben der Mauer... und unter unseren Füßen fließt das kalkhaltige Wasser des alten Pamukkale-Springbrunnens... und das Öl, und all der unsichtbare Schmutz, der immer noch in den Boden sickert... und dieser Fluss aus Wörtern, der im richtigen Rhythmus fließt...  » 

ÉCRIRE LA BIÈVRE

2024-2027 (Île-de-France)

©Aexandre Desson

n*1 : 31 août 2024  - GENTILLY/PARIS 13e
n*2 : 22 mars 2025 - PARIS 13e
n*3 : 29 mars 2025 - PARIS 13e
n*4 : 13 avril 2025 - ARCUEIL
n*5 : 28 juin 2025 - FRESNES

n*6 : 21 septembre 2025 - PARIS 13e 

n*7 : 27 septembre 2025 - PARIS 13e 

Ces performances ont été réalisées dans le cadre du projet Écrire la Bièvre, pour la continuité des petites rivières urbaines.
Deux archives vidéos ont été réalisées, l'une pour la performance d'ouverture, l'autre pour celle du 29 mars.
Pour plus d'informations sur ces événements, vous pouvez consulter la page dédiée.

IL PAPIRETO

octobre 2024  - PALERME (Italie)

Il Papireto a été écrit lors d'une résidence à Palerme en septembre 2024, à la demande des Instituts Goethe et Français à travers leur programme KulturEnsemble, pour l'inauguration des ateliers de la Bottega, au sein des Cantieri Culturali alla Zisa. Comme pour le texte de Pazza Marina, je me suis intéressé à la traduction du texte en plusieurs langues, notamment allemand et italien. Le texte qui suit a été écrit pour accompagner la lecture de la fresque.

" Il Papireto est une rivière urbaine enterrée qui, avec d'autres, jadis, donna à Palerme son nom de Conca d'oro. Le sien, Il Papireto, viendrait des papyrus qui poussaient en nombre sur ses rives.


Chaque rivière urbaine a une histoire. Dans la plupart des cas, celle-ci fut une histoire de disparition. Aujourd'hui, aux quatre coins du monde, considérant autrement l'importance de l'eau en ville, on parle volontiers de réouvrir et de reméandrer ces petites rivières urbaines. Par cet interstice, entre la disparition et l'apparition, on découvre une place pour la mémoire, la discussion, l'art, l'écriture.


La ligne de Il Papireto, constituée de vides et de signes bleus, on peut la regarder, on peut la lire, la commenter et la parcourir. Cette forme pérenne est comme un motif sensible qui fait déborder la rivière dans la discussion collective. Elle participe à l'entrée du Papireto dans l'espace public.


Durant le temps de préparation et de réalisation de cette fresque, j'ai cru que la canal souterrain du Papireto passait à proximité des Cantieri Culturali alla Zisa, sans pouvoir le vérifier. Si vous avez des plans, des photos, des histoires, n'hésitez pas à m'écrire.


octobre 2024 "


premiers mètres de Il Papireto

"1.
j’… j’entre… le acque scorrono dalla mia bocca di fiume, grundwasser, bergwasser… anche l’acqua canalizzata… meine wellen schwellen an… hier, je me suis reméandrée dans le lit d’une autre rivière… dieses schwingen auf meiner zunge, c’est l'eau en manque d'eau… oh, j'inonde la ville und wir tauchen darin  ein… "

©Institut français de Palerme

PAZZA MARINA

27 février 2024 -  Piazza Marina -PALERMO (Italie)

©Victor Missud

Performance réalisée autour du Giardino Garibaldi, Piazza Marina, à Palerme. Avec l'histoire complexe de la place, j'ai décidé d'écrire un texte de fiction qui en serait comme la voix séculaire. Je cherchais l'expression du temps par l'incarnation dans un personnage dont on saisirait le cheminement autour de la place. Ainsi j'ai utilisé l'écriture comme une synthèse sensible des strates mémorielles du lieu, une caractéristique sicilienne de l'urbanisme. Cette ligne à la craie est devenue une couche de sens supplémentaire, qui s'est effacée à la première pluie. Le texte a été traduit en italien, et sur place, les personnes ont pu lire soit en français soit en italien. Le résultat a été un poème bilingue lié aux rencontres de ce jour-là. Par la suite, nous avons enterré le texte dans le jardin autour duquel nous avions tourné. Ce dernier acte de la performance, qui a eu lieu le 5 mars, balance davantage du côté de la psycho-magie. Et il est vraisemblable que la Pazza Marina ("Marina-la-folle" pour une traduction approximative) se réincarne quelque part, ou circule à travers les canalisations secrètes de l'époque arabe vers une autre ville.

premiers mètres de PAZZA MARINA

« e rifaccio il giro del giardino, ancora una volta, gli alberi se la passano davvero bene, passano da sopra, per natura, aprono lassù delle specie di piazze e stradine per gli uccelli, delle vie verdi di rami e foglie, una mappa complicata che conosce il vento, come il sole, che fa splendere i suoi raggi attraverso i ramoscelli dei nidi, e da lì spesso cadono ombre, toute cette dentelle-là est difficile, étirée parmi les mégots et les lignes d'urine, oh malheureusement ces traces-là sont familières de ce côté-ci de la grille, sous ces vilains lampadaires, e sul marciapiede anche le foglie sono morte, siamo noi ad essere rinchiusi dietro il cancello, è il mondo intero ad essere rinchiuso con la sua età adulta, ses chiffres, sa rouille, ses soudures humaines  » 

J'ATTENDS ET J'AI LA TÊTE DE CELUI QUI N'AIME PAS ÇA

19 janvier 2024 - La Plaine, place Jean-Jaurès - MARSEILLE

Pour les Nuits de la lecture 2024, j’ai proposé un événement de lecture hors lieu dédié à la littérature, à La Plaine. Le texte était la conversation téléphonique d’une personne qui en attend une autre, et qui se plaint qu’elle ne vient pas. J’ai imaginé que pendant cette conversation, la personne tournerait en rond. Ainsi, j’ai écrit cette ligne de mots en une boucle, comme la forme même de l’attente dans l’espace public.

premiers mètres de J'ATTENDS ET J'AI LA TÊTE DE CELUI QUI N'AIME PAS ÇA

« Allô ?… oui je t'entends… rien, j'attends… j'attends et j'ai la tête de celui qui n'aime pas ça… à La Plaine là je tourne… oui… donc oui je te disais la photo… voilà… mais qu'est-ce que tu veux que je mette dans le post ? je vais pas écrire « été 2023 souvenirs avec »… j'ai aucune envie de me rappeler l'été dernier et cette photo c'est le symbole avec lui… à La Ciotat… non il me l'avait envoyée tout de suite dans le bus en rentrant à Marseille… je te raconte en fait je savais qu'il avait une autre photo cool de moi sur les rochers… parce que je lui avais demandé de la prendre avec son tel sur le moment parce que j'avais plus de batterie mais celle-là il me l'avait jamais envoyée et ce matin en y pensant je lui ai mis… attends je retrouve le message exact… voilà : « Hey comment ça va après tout ce temps, je sais que tu as gardé une super photo de moi quand on est allé à La Ciotat cet été, on était sous les pins, est-ce que tu peux me l'envoyer, j'en ai besoin. Bises, j'espère que tu te portes bien »… ben lui il m'a répondu « Hey, et elle où celle que je t'avais envoyée dans le bus pourquoi tu l'as jamais postée ? »… mais… non mais moi sa vieille photo je vais rien en faire…  » 

LES TRAVERSÉES DE L'OMBRIÈRE

12 au 17 décembre 2023 - Le Vieux-Port - MARSEILLE 

Performance réalisée au Vieux-Port de Marseille, sous l’Ombrière de Norman Foster, de 8 heures à midi, pendant cinq jours. Parce que ce lieu se prête déjà par son architecture au regard sur soi, j’ai voulu prolonger cet aspect en écrivant des textes inspirés des conversations entendues sur place, et en faisant suivre à ces lignes les trajectoires des passant.es que j’avais cartographiées. J’ai donc récolté des récits à la volée, entre marché aux poissons, point de rendez-vous des scolaires, lieu incontournable des visites touristiques, autour de cette promenade affectionnée plus que nulle autre par les Marseillais.es.

la première des TRAVERSÉES DE L'OMBRIÈRE

« Il y a eu une poussette qui a glissé dans le bassin, et ils se sont rendus compte que l'esplanade n'était pas droite… ouais avant là il y avait les voitures, mais là tu pouvais marcher quand même, et il y a une poussette qui est tombée je te jure et le petit avec c'est horrible… et voilà c'est pour ça qu'ils ont tout refait avec les grandes dalles, et si tu regardes tu peux poser un ballon il tombe pas dans l'eau, c'est ça qu'ils ont changé, et ils en ont profité pour mettre un miroir pour qu'on se prenne en photos… mais si je l'ai lu sur internet…» 

AMITIÉS

26 septembre 2023 - Quartier Nationale et des Olympiades - PARIS 13e 

Amitiés est une performance d’écriture à la craie sur les trottoirs du 13e arrondissement de Paris, sur près de 2 kilomètres, de 10h à 17h, depuis le métro Nationale jusqu’à la dalle d’Olympiades. La performance s’est déroulée pendant les journées du Patrimoine. Je souhaitais mettre en avant la rue comme bien commun, vecteur d’histoires, personnelles et collectives, le long d’une ligne qui interroge notre place dans l’espace public. Le texte était une conversation téléphonique de deux vieux amis, d’une vingtaine d’années, entre Paris et Marseille. Ils évoquent la souffrance d’un autre gars de leur bande, et dévoilent leurs difficultés à se donner de la tendresse entre hommes. C’est la partie parisienne de la conversation qui a été écrite, celle de celui qui physiquement fait le trajet du métro Nationale à Olympiades, où se trouve son domicile. Les réponses à l’autre bout du fil ont été signalées par des points de suspension, laissées ainsi à l’imagination des lectrices et des lecteurs.

premiers mètres de AMITIÉS

« Oh le Marseillais… yeah… t'y a l'accent ça y est… t'es un ouf haha… nan je sors métro… tu connais… je devais reprendre un truc chez un pote dans le 18ème… là rien je rentre dans le 13… alors si j'ai regardé les billets et… ouais le 10 c'est ça tu m'avais dit ok ?… donc le 10… « pas trop cher » ?! mec c'est hyper cher genre 100 boules !… nan l'aller juste l'aller… mais c'est n'importe quoi la SNCF… ouais… ben pour le retour j'en ai un pas trop trop cher à 6 heures du tam… le mardi… mardi mec… bah achète toi des écouteurs haha !… j'ai plus de jours, c'est septembre mon vieux… eh nan moi non… en même temps tant mieux, ça déprime, tout le monde télétravail dans le train ça devient un espace de coworking… on pourrait dévier le train on s'en rendrait compte en sortant de la gare… aussi haha… bref pour venir une semaine à ce prix là c'est… ouais et deux semaines c'est pas possible là… t'as deux jours où c'est pas hors de prix le mardi, le mercredi… jeudi aussi et voilà… je vais surveiller les prix mais bon… sinon novembre ?… pour moi octobre c'est mort… je te dirai… oui tu me disais quoi par message sur Lo' ?… ouais… » 


Les photos sont de Julie Trinckvel, les polaroïds de Alexandre Desson, et la médiation a été assurée par Elsa Marchand-Cormery

AUDE

2021 ; 2022 : à trois reprises - quartiers du Camas et Sébastopol - MARSEILLE 5e

©Alexandre Desson

Mes premières explorations de l’espace public se sont faites à travers le texte de Aude. Une vidéo d’archive est disponible avec ce lien.

Aude se déroule de minuit à 4 heures du matin, et expose sur le trottoir le fil de pensée d’une jeune femme qui rentre chez elle en pleine nuit. Je me suis intéressé, par l’observation et la récolte de témoignages, aux émotions qui traversent le corps et l’esprit d’une jeune femme, quelle expérience fait-elle de la rue de nuit, seule, dans ce quartier du centre-ville de Marseille.


premiers mètres de AUDE

«  Un premier pas puis le deuxième, une jambe lancée puis la droite, va sur une ligne jusque chez toi, Aude, marchent bottine blanche et l'autre, au-dessus des coulées sèches, le grain du sol, les mégots sont plats, Aude rentre pour ça ce fond de rue, c'est bon trajet 

la lune est tombée comme un drap ici-bas, bah, bah, bah, les toits de voiture ont des petits coussins jaunes que leur donnent les lampadaires ; mon envie de rayer avec la pointe d'une clé pour boîte aux lettres, mesquine, pourquoi il n'y a jamais de grande cicatrice sur les carrosseries je n'en ai jamais vue 

Karl chez toi on ne voyait pas la lune mais en face les façades faisaient un U couché, avec les balcons le long, barreaux serrés, dents de fer sur des bouches éteintes, fenêtres qui exploseront de watts à l'heure où je dormirai encore sans doute ; 

je marche comme somnambule sur un fil à ras ; … » 

© Alexandre Desson